29 avril 2026 · Journée Québécoise de sensibilisation à l’hépatite C

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Le dépistage en milieu communautaire : une évidence pour enrayer l’hépatite C


Lettre ouverte de Laurence Mersilian, Directrice générale du Centre Associatif Polyvalent d’Aide Hépatite C (CAPAHC) et 41 professionnel·les du milieu communautaire et de la santé*

La propagation du virus de l’hépatite C (VHC) n’est pas une fatalité. Elle peut — et doit — être enrayée d’ici 2030, conformément aux cibles de l’Organisation mondiale de la Santé, au même titre que le VIH. Pourtant, le gouvernement du Québec est aux abonnés absents, tant par rapport aux autres juridictions qu’aux nombreux appels des acteurs du milieu communautaire et de la santé qui réclament, depuis des années, une stratégie nationale de lutte contre l’hépatite C.

Aujourd’hui, le VHC se traite et se guérit en 8 à 12 semaines, avec très peu d’effets secondaires. Son dépistage est également grandement simplifié grâce aux tests rapides autorisés par Santé Canada, qui permettent de détecter les anticorps à partir d’une seule goutte de sang prélevée au bout du doigt. Malgré cela, environ le quart des personnes atteintes ignorent qu’elles sont porteuses du virus (Agence de la santé publique du Canada, 2022).

Compte tenu de la simplicité du protocole, le dépistage rapide pourrait être facilement pris en charge par des intervenant·es du réseau communautaire dûment formé·es. Ces personnes œuvrent déjà en prévention des ITSS, possèdent une expertise reconnue et entretiennent une proximité essentielle avec les populations les plus à risque. Il s’agirait d’un pas déterminant pour améliorer l’accès aux soins et faire progresser la lutte contre le VHC.

La collaboration des organismes communautaires permettrait également de désengorger le réseau public, en offrant une première porte d’entrée vers un système de santé déjà très sollicité. En réalité, le principal obstacle pour les personnes concernées demeure l’accès aux corridors de soins — un enjeu pour lequel l’accompagnement communautaire s’avère particulièrement efficace.

Le milieu communautaire est un allié naturel dans la lutte contre le VHC, comme il l’a été pour le VIH ou la COVID-19. L’OMS recommande d’ailleurs explicitement son implication pour améliorer l’accès aux traitements. Pourtant, le gouvernement du Québec refuse d’aller en ce sens, estimant que les intervenant·es ne sont pas aptes à offrir des dépistages « sécuritaires ».

Ce refus est non seulement aberrant, mais également irresponsable dans un contexte marqué par la crise des opioïdes et l’augmentation de la précarité. Le VHC touche de manière disproportionnée des populations vulnérables : personnes en situation d’itinérance, personnes qui consomment des substances par injection, communautés autochtones, personnes ayant un statut migratoire précaire ou provenant de pays endémiques, ainsi que les personnes incarcérées. Le réseau communautaire possède déjà les connaissances, les compétences et la proximité nécessaires pour intervenir efficacement auprès de ces groupes — et il le fait déjà.

Pourquoi le Québec ne permettrait-il pas d’élargir les capacités de dépistage du VHC, en accordant au milieu communautaire le soutien financier nécessaire pour enrayer cette maladie une fois pour toutes ?

Les personnes atteintes sont souvent parmi les plus marginalisées et les moins entendues dans l’espace public. Pourtant, l’hépatite C demeure l’une des maladies infectieuses les plus coûteuses au Canada en raison des complications graves qu’elle entraîne lorsqu’elle n’est pas traitée à temps. Il est impossible d’envisager son élimination sans tenir compte des réalités liées à la précarité sociale.

L’épidémie d’hépatite C constitue un enjeu prioritaire de santé publique. Or, elle est aujourd’hui guérissable et évitable, à condition de mobiliser les acteurs de terrain dans une action concertée.

En cette Journée québécoise de la lutte contre l’hépatite C, nous renouvelons notre appel au gouvernement du Québec : faire preuve de gros bon sens, mettre en place une stratégie nationale ambitieuse et permettre au milieu communautaire de jouer pleinement son rôle dans cette lutte essentielle.


Liste des 42 co-signataires :

  1. Laurence Mersilian, Directrice générale, Centre Associatif Polyvalent d’Aide Hépatite C (CAPAHC)
  2. Olivier Gauvin, Coordonnateur, Table des organismes communautaires montréalais de lutte contre le sida
  3. Em Steinkalik, Intervenant communautaire, PIAMP
  4. Charlene Aubé, Directrice, IRIS Estrie
  5. Arnaud Friedmann, Intervenant Pivot, Cactus Montréal
  6. Zahia Yacia, Infirmière, CRCHUM  
  7. Solange Da Silva, Infirmière, SIDEP Santé publique CIUSSS de l’est de i’ile de Montréal
  8. Benoit Racette, Coordonnateur, Droits et plaidoyer, COCQ-SIDA
  9. Nadine Kronfli, Clinicienne-Chercheuse, Centre Universitaire de Sante McGill
  10. Sophie Wertheimer, Consultante indépendante en évaluation de programmes    
  11. Charles Boisvert, Intervenante VHC, CIPTO
  12. Patience Kubwumuremyi, Directeur adjoint, COCQ-SIDA
  13. Guylaine Michaud, Directrice générale, Entraide Léo Théorêt                     
  14. Dominique Lavallée, T.S., CIUSSS NÎM                      
  15. Corine Taillon, Coordination, GIAP de CACTUS Montréal
  16. Guillaume Le Negaret, Directeur général, Sidalys
  17. Gabriel.le Crovasce, Intervenant.e psychosocial.e, Accueil Communautaire Jeunesse
  18. Degrace Claumi Massala Ngouelé, Technologiste biomédical, Clinique internationale
  19. Marie-France Briand, Prévention-Formation, Tandem Mauricie
  20. Yanira Lavoie Desgagne, Spécialiste en activités cliniques, CIUSSS  
  21. Nadine Caissy, Chef de compte, bioLytical
  22. Natacha Brunelle, Professeure-chercheure, UQTR
  23. Joseph Jean-Gilles, Directeur général, GAP-VIES
  24. Elise Etienne, Agente de Communication, Association des intervenants en dépendance du Québec (AIDQ)
  25. Anne Lauzon  
  26. Geneviève Harnois, Intervenante psychosociale, SIDALYS
  27. Caron Charlotte, Intervenante aux volets animations et jeunes, IRIS Estrie            
  28. François Bergeron, Directeur général, CDC Centre-Sud
  29. Charles-Antoine Goulet, Responsable de la coordination, Uniphare
  30. Guillot Cléa, Stagiaire, Réplique Estrie
  31. Merris Centomo, Directrice générale, Maison Cross Roads
  32. Ariane Gravel, Directrice par intérim, Alter Justice
  33. Léo Mary, Responsable des communications, Table des Organismes communautaires Montréalais de lutte contre le Sida (TOMS)       
  34. Nicolas Quirion, Directeur général, Plein Milieu
  35. Cynthia Villemure, Coordination, Tandem Mauricie             
  36. Marie-Mai Savage, Stagiaire responsable, Info-Herpès
  37. Laurence Morrissette, Coordonnatrice des services de consommation, Oasis unité mobile d’intervention
  38. Nicolas Lépine, Chargé de concertation, TOMS
  39. Isabel Lévesque, infirmière clinicienne, Établissement de détention de Montréal
  40. Guillaume Tremblay-Gallant, Directeur général, Portail VIH/sida du Québec
  41. Sidney Durand, Pair-aidant, GIAP de Cactus Montréal
  42. Luz Angela Restrepo, Intervenante, IRIS Estrie

Cette lettre ouverte a été couverte dans les médias :

Sarah Champoux « Lutte contre l’hépatite C : les tests rapides réclamés par des intervenants ». La Presse, 29 avril 2026. Lire l’article

Laurence Mersilian. « Le dépistage en milieu communautaire : une évidence pour enrayer l’hépatite C ». La Presse, 29 avril 2026. Lire l’article

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